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L’inquiétant univers peuplé de petites filles d’Henri Darger
N'étant pas autorisés à reproduire les dessins d'Henri Darger sur BulBe, visitez le site de la Collection d'Art brut de Lausanne pour voir !
Ce n’est qu’après sa mort que les œuvres d’Henri Darger furent découvertes dans son appartement de Chicago. Rassemblés sous le titre In the Realms of the Unreal (Dans les royaumes de l’irréel), ses dessins et textes forment un récit pas toujours cohérent racontant l’histoire des Vivian Girls, les sept sœurs Vivian, petites filles perdues dans un monde très violent, esclaves des Glandéliniens.
Ce récit comporte tout de même quinze volumes, 15 145 pages dactylographiées complétées par des centaines de dessins de trois mètres de long sur soixante-dix centimètres de large. Le royaume des Glandéliniens y est le décor. Les guerres, les catastrophes y sont naturelles. Soldats sadiques et surtout petites filles martyrisées y sont les héros.
Mais ces fillettes sont pour le moins étranges ; elles gambadent – si l’on peut dire – dans des prairies et paysages verdoyants. À y voir de plus près, ces filles sont pour la plupart sans culotte, affublées de sexe masculin, et sont les héroïnes de scènes tragiques, sanguinolentes, elles sont victimes de meurtre, souvent par strangulation.
Henri Darger découpe ses modèles dans la presse, les photocopie, les agrandit, les colle les décalque, les colorie. Ses petites filles, étrangement semblables, s’accumulent dans ses dessins dans des positions parfois indécentes, parfois marquées de sang sur le corps. Certaines font la farandole tandis que d’autres tiennent des fusils. Certaines jouent tandis que d’autres font la guerre.
Les modèles ne sont pas uniquement des fillettes. Dans certains dessins, des héros de l’enfance sont également recopiés tels Peter Pan (Plate 9A, We will slam them with our wings), des cowboys (Plate 7A, Blengins capturing Glandelinian soldiers) ou des personnages de dessins animés (Plate 8A, At Jennie Richee. Storm continues. Lightning strikes shelter but no one is injured). Les thèmes abordés tout du long de cette histoire sont la guerre, le diable contre le bien, la souffrance des enfants, l’androgynie…
L’enfance n’y est pas rose. Les filles sont maltraitées, doivent se révolter pour survivre. Leur vie reflète l’enfance malheureuse de Darger. Ce « roman » est un exécutoire à sa peine.
Rien de drôle, donc, chez Henri Darger, fervent chrétien (les notions de bien et de mal sont importantes dans son récit), créateur d’un univers effrayant et pervers tout en gardant de la naïveté.
Un monde fascinant car particulier. Fantasmatique. Obsessionnel.
Pour en savoir plus :
Darger : The Henri Darger Collection at the American Folk Art Museum par Brooke Davis Anderson
Abrams Books
Ce livre contient les dessins exposés à l’American Folk Museum, New York. Les dessins sont reproduits pleine page, format allongé, ce qui permet de voir ainsi certains détails scabreux...
Trois textes présentent le travail d’Henri Darger. L’un est signé Brooke Davis, directrice du Centre contemporain de Folk Art ; le suivant est écrit par Michel Thévoz, ancien conservateur de la Collection de l’Art brut de Lausanne et la conclusion est de Gerard C. Wertkin, directeur de l’American Folk Museum.
Relevons la question soulevée par Thévoz du voyeurisme dans le travail d’Henri Darger. Certes, les dessins produisent une impression de malaise chez le spectateur (les dessins avec des scènes de strangulation, de meurtres, sont les plus connus, les plus marquants), mais n’est-ce pas pour cela que celui-ci les regarde ?... La culpabilité, la répulsion devant ces images ne vient-elle pas aussi bien du voyeur que de l’artiste ? Délicate question qui peut en choquer plus d’un.
Par ailleurs, dans ce livre, on apprécie la qualité et l’abondance des illustrations. Cela permet d’observer – sans pour autant être en présence des dessins originaux – la technique employée. À la fin de l’ouvrage sont consignées des archives telles que les illustrations de mode ou de pub qui été découpées par Darger afin de les copier.
L’indispensable pour mieux connaître l’œuvre de Darger.
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