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En couples
Dossier réalisé par A.Bonnet-S.Buttay-M.Chardayre-S.Derym-P.LeQuerrec

 


Pierre, Gilles, Gilbert, George et les autres…
Couple(s), Louise Bourgeois
Sous les yeux de Bellmer, les entrelacs d’Unica
Les Becher, un couple d’une incroyable constance
Des couples épatants vus par Martin Parr
Moi + moi , le transfert d’identité chez Cindy Sherman

 

Man Ray et Lee Miller / Edward Weston et Tina Modotti, soient le pygmalion et sa muse

Couples d’artistes, muse et maître, dominant et dominé, autant de notions viennent à l’esprit quant à ces couples mythiques à la vie artistique comme à la vie privée. Deux exemples dans l’histoire de la photographie paraissaient incontournables pour illustrer ce propos : le couple Lee Miller/ Man Ray et celui de Tina Modotti/Edward Weston. Deux couples qui ont la particularité de contenir un pygmalion et une élève à chaque fois. Cas banal ? Non, car l’élève se révèlera talentueuse pour ces deux cas de figure en développant son propre style…


Ci-dessus Lee Miller et Man Ray


Les deux élèves avaient le mérite d’avoir de la personnalité. Cela se sent dès leur première rencontre avec le maître. Lee Miller a d’abord été mannequin dans les années 1920 et posa pour les plus grands photographes de l’époque parmi lesquels Edward Steichen. Mais Lee avait commencé des études d’art à Paris. Pour parfaire son éducation, elle voulait devenir l’élève de Man Ray alors reconnu dans le monde de l’art parisien et notamment grâce aux Surréalistes. La jeune femme se rendit à son adresse et le trouva au café d’en face, lorsqu’elle lui demanda d’être son professeur, Ray lui répondit qu’il n’enseignait pas et que, de toutes manières, il partait en vacances. Elle lui répondit simplement : « Je sais. Et je viens avec vous. » Cette répartie le fit changer d’avis et basculer sa vie par la même occasion. Elle devint son assistante et plus encore.
Quant à Tina Modotti, elle était actrice de second plan dans les années 1920 également. Aussi brune que Lee Miller était blonde, elle rencontra Weston dans sa vie de bohème en Californie. À cette époque, Weston cherche sa voie photographiquement parlant et il décide alors de laisser femme et enfants pour partir avec Tina au Mexique et, de ce pas, l’initier à l’appareil photographique et au tirage argentique.

Lee Miller eut vite fait d’apprendre à connaître et à aimer Man Ray, réputé comme une personnalité complexe, et d’utiliser les appareils photographiques. C’est pendant une séance de développement que Lee pensa sentir une bête sur sa jambe, eut peur, alluma la lumière et exposa malencontreusement les films : le procédé de solarisation venait d’être inventé. Les arrière-plans des images deviennent alors noirs et des halos de lumière entouraient les modèles. Après neuf mois d’apprentissage, Lee Miller ouvrit son propre studio, fit des photos de mode et travaillait sur des travaux de Ray car celui-ci avait peu de temps. L’équipe était créée.

De son côté, l’apprentissage au Mexique ne se fera pas sans mal pour Tina Modotti et Edward Weston. Peu d’argent malgré le studio de photos qu’ils ont ouvert et la culpabilité de Weston vis-à-vis de sa famille et de sa femme, Flora. Mais la ferveur est là, et c’est pendant cette période que le photographe fera ses plus beaux nus, ceux de Tina bien évidemment. Personnalité très forte et sensuelle, il essaie de comprendre cette femme en avance pour son époque et prônant l’amour libre. Tina se familiarise avec l’appareil encombrant qu’est le Graphex, et réalise des portraits au style documentaire. Elle réalisera aussi un travail presque abstrait de fleurs et structures architecturales, à l’instar de son maître et amant.

Les deux femmes se devaient par la suite voler de leurs propres ailes, bien évidemment. En 1932, Lee Miller repartit pour New York où elle ouvrit un studio à son nom. Man Ray eut beaucoup de mal à se remettre de ce départ, il créa de fait un métronome sur lequel était collé l’œil de son ancienne compagne qu’il regardait inlassablement. Quant à Weston, il repartit en Californie, laissant Tina poursuivre son travail photographique au Mexique. Ils resteront liés par une correspondance pendant des années, où Weston commentera toujours les images de Tina et vice versa. On ne quitte pas un rôle de Pygmalion aussi facilement…
La jeune femme se tournera davantage vers un travail documentaire. Dans ce nouveau Mexique post-révolutionnaire, Modotti se concentra davantage sur les gens de la rue, les travailleurs, photographiant leurs mains, leurs outils… Elle niera son passé frivole en s’engageant dans le Parti communiste et en réalisant des reportages et photos de propagande.

Il est surprenant de voir ces deux trajectoires se diviser après ces années de collaboration et de créativité. Des caractères trop forts pour se cantonner à une entente cordiale sans doute. Bien sûr, d’autres amours suivront pour les quatre protagonistes mais jamais avec cette telle fusion artistique. Tous ont inventé un style, la solarisation pour Man Ray, le photoreportage pour Tina Modotti. Les deux femmes ont préféré être sur le terrain et devenir femmes reporter à la suite de leur carrière, fait (d)étonnant alors pour le sexe féminin. Elles ont bien démontré par là ce profond désir de voler – et créer – de leurs propres ailes.


Ci-dessus Tina Modotti vu par Weston et Edward Weston vu par Modotti


Sandrine Derym

 

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