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En couples
Dossier réalisé par A.Bonnet-S.Buttay-M.Chardayre-S.Derym-P.LeQuerrec

 


Pierre, Gilles, Gilbert, George et les autres…
Sous les yeux de Bellmer, les entrelacs d’Unica
Man Ray et Lee Miller / Edward Weston et Tina Modotti, soient le pygmalion et sa muse
Les Becher, un couple d’une incroyable constance
Des couples épatants vus par Martin Parr
Moi + moi , le transfert d’identité chez Cindy Sherman

 

Couple(s), Louise Bourgeois

« COUPLE, subst. masc.
Ensemble de deux êtres, de deux choses.
On se sent liés par des sentiments profonds, une espèce d'entente sans explications, intérieure, inconsciente, (...) C'est ça qui fait qu'on forme un couple. »

Voici la définition donnée par le dictionnaire.
Qu’en est-il de sa traduction plastique par Louise Bourgeois, dont on connaît la part autobiographique présente dans chaque œuvre ?
















Couple : deux personnages nus, de petites dimensions (au maximum une vingtaine de centimètres), suspendus dans le vide par un fil. La femme est plus petite, ses pieds sont posés sur ceux de l’homme. Des visages, souvent enfouis dans le cou du partenaire, nous ne voyons rien. Le matériau, de l’éponge rose, ajoute à la douceur et à la nudité des amants.
De cette couleur, Louise Bourgeois dit : « Le rose est féminin. Il représente la sympathie et l’acceptation de soi-même. » Entre ces figures enlacées, l’acceptation est réciproque.
Figure de don et d’abandon, l’intimité entre les deux sexes est profonde, attachante. Intimité aussi avec l’extérieur par le filtre du matériau aspirant qu’est l’éponge. Il n’y a pas, pour l’artiste, de notion de séduction dans ce couple, notion considérée comme dangereuse « Quelque chose va arriver si vous séduisez ».

Pour Louise Bourgeois, c’est le traumatisme infantile d’un père volage, séducteur. C’est le triangle haï de la mère, du père et de la maîtresse. La profonde perturbation psychique causée par l’obligation de vivre dans une situation familiale faussée, où le couple est anormal, où trahisons, mensonges et jalousie régissent le quotidien, est ici réparée.
Louise Bourgeois répare en sculptant et en cousant. « L’aiguille est une demande pardon », dira t-elle. La couture réconcilie, efface les accrocs, les déchirures. Elle rapproche et ajuste les deux corps si légers, les unis par le fil, fait se rejoindre les parties dissociées, resserre les morceaux préalablement découpés pour donner forme au couple.
Elle dit : « Les femmes conservent. » La couture, médium traditionnel féminin, conserve ici le trésor du couple.

A l’opposé du couple déchiré près duquel la petite Louison a grandit, nécessité était de créer l’étreinte de ces deux corps. Suspendus. Comme tant d’autres œuvres de l’artiste. Suspendu, c’est aussi être « en dehors du temps », ce temps nécessaire pour « reconstruire l’histoire », s’éloigner du modèle familial, le regarder de haut.
Le fil guide et donne corps à la définition première du couple : « … unis par les liens… » Unis, silencieux, à l’abri des cris et des disputes, ils oscillent, comme un pendule entre deux pôles : d’un côté féminin, de l’autre masculin, soit la quintessence de l’être humain. Sa totalité. Cette polarité, -la représentation d’une « personnalité double »- est l’un des noyaux de l’œuvre de Louise Bourgeois. De cette juxtaposition féminin/masculin, que l’on retrouve très explicitement dans le Janus fleuri de 1968, elle dira : « Janus est une référence à cette espèce de polarité que nous incarnons. La polarité que je vis est un élan vers une violence extrême, la révolte et une retraite. Je ne dirais pas passivité, mais un besoin de paix, une paix totale avec moi-même, avec les autres et avec l’environnement. »

Dans leur délicatesse, leur légèreté, leur douce union, leur étreinte infinie et muette, derrière leurs paupières closes, on ressent la vie intérieure de ces Couples. Le cœur de leur intimité est entièrement contenu dans cet abandon des corps. La paix les nimbe et les protège.


Perrine Le Querrec

 

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