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Feuilleton Sophie Calle, épisode 4 : moi aussi, je... On reproche à Sophie Calle son manque d’émotion. Mais reproche-t-on à Soulages de (presque) toujours peindre en noir ? On lit : « Elle scénarise son intimité et se nourrit de celle d’autrui ». Erreur, ça c’est Loft Story. « Procédé excitant mais parfois vain» : mais n’est-ce pas là justement la nature de l’art ?
S.C. : « J’observais par le détail des vies qui me restaient étrangères. » Voilà bien de quoi il retourne. Des faits, des rituels, retranscrits de façon clinique et méthodique. Des demi-vérités, des vérités et demie. Et le paradoxe, c’est que de ce rapport froid naît une forme de sympathie, non pas pour les sujets, mais pour l’artiste. Car la fileuse a aussi ses suiveurs, nombreux à en voir ces salles d’expo qui ne désemplissent pas. Voilà bien un autre paradoxe, car l’oeuvre se situe dans la démarche, ce qu’on regarde n’en étant que la trace, la preuve, fusse-t-elle joliment mise en scène.
Que voulez-vous, les turpitudes de mademoiselle Calle déclenchent chez beaucoup ce cri : « Mais ça, moi aussi je l’ai pensé / fait / voulu ! »
Justement, parlons de moi :
Il y a quelque temps, alors que j’étais accroupie dans les rayonnages de la FNAC (position certes équivoque, mais il y a des étagères trop basses, même pour mon mètre 58) un ouvrage de ladite Sophie entre les mains, j’ai été abordée par un « Dominique Forest, artiste », dont le travail consistait à cueillir des filles plus ou moins au hasard de ses filatures pour les placer ensuite dans son herbier personnel ; de quelles fragrances, de quelles déflorations sa collection était-elle composée, j’avoue ne pas avoir cherché à le découvrir. Mais l’idée d’avoir été suivie jusqu’à un livre de Sophie Calle m’a plue, et j’ai écarté la probabilité du sadique opportuniste au profit de celle d’une mise en abîme plus poétique. Si la curiosité vous dévore, contactez «Dominique Forest» au «06 86 11 10 69». (Moi je fais un herbier de coordonnées téléphoniques d’hommes non usagé(e)s.)
Un jour pourtant, j’ai fait une demande en non-mariage à un garçon avec lequel j’avais noué des relations pseudo-concubinatoires ; lui a refusé, le bougre. Ses parents n’auraient pas goûté la révélation post-pièce montée d’une cérémonie totalement bidon, les pauvres choux.
Et la tombe : moi aussi, moi aussi, j’y ai pensé. Et ça je l’ai fait, sauf que devant mon caveau sur la photo je suis seule, mon père m’ayant lâchée il y a si longtemps pour faire tombe à part dans un trou de province.
Un souhait demeure, le plus cher, ma seule ambition : être personnage de roman. En quête d’auteur.
Ci-contre, Valérie Albac photographiée près de son caveau familial.
Sophie Calle, M'as-tu-vu
Jusqu'au 15 mars 2004
Centre Pompidou
Ouvert tlj sauf mardi et 1er mai, de 11h à 21h. |